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Du 1er au 30 mai 2009, les élèves des niveaux préscolaire, primaire et secondaire des écoles du Québec ont participés au grand concours « Une voix qui porte, en français ! ».
Une voix qui porte
Par India Desjardins
Le crissement des pneus de la voiture de mon père retentit après que ma mère a crié: «Heille! Fais ton stop, champion!» À côté de moi, Billy Bob, mon chien, perd l'équilibre et tombe sur ma soeur Karyanne.
Mon père, honteux, se retourne et nous demande:
- Êtes-vous corrects? Je m'excuse, gang... je suis distrait...
Karyanne pousse Billy Bob sur moi en pleurnichant:
- Ramasse ton chien, il me bave dessus!
Je réplique:
- Il est obligé de respirer par la bouche parce que tu pues trop.
Ma mère intervient tout de suite:
- Félix, ne parle pas comme ça à ta soeur!
Karyanne me regarde d'un air mi-triomphant, mi-arrogant.
Je ramène Billy Bob vers moi, et il s'appuie sa tête sur ma jambe.
Ma mère ajoute:
- Ce serait agréable que tout le monde s'entende, aujourd'hui, OK?
Il faut qu'on s'entende bien, aujourd'hui particulièrement, parce qu'on s'en va chez ma grand-mère.
D'aussi loin que je me souvienne, toute la famille se rassemble chez ma grand-mère pour la Fête nationale. Cette année, je ne devais pas y aller. J'étais invité chez Ève Boisvert...
Mais ma grand-mère est décédée la semaine passée. Et tout le monde a décidé de se réunir ici, aujourd'hui, pour lui rendre un dernier hommage et vider le contenu de sa maison.
Mon père stationne sa voiture et nous entrons dans la maison. Je salue oncles, tantes, cousins qui, évidemment, n'ont pas trop le coeur à la fête. Un flot de souvenirs de moments passés avec ma grand-mère me submergent. Surtout ce moment où, il y a quelques semaines, j'ai eu une grosse décision à prendre et elle m'a dit:
- Fais confiance à ta petite voix intérieure. Souvent elle est de bon conseil.
Ce matin, ma petite voix intérieure me soufflait que ça ne me tentait pas du tout de faire du ménage chez ma grand-mère. Mais la voix extérieure de ma mère semblait dire le contraire.
Je soupire en pensant au travail qui m'attend. Et j'ai une pensée pour mes amis qui doivent être en train de se baigner chez Ève Boisvert.
Ève Boisvert en bikini... Gang de chanceux!
Ma soeur et moi sommes affectés au nettoyage du cabanon. Billy Bob nous suit.
Après avoir emballé quelques boîtes d'outils et de cossins inutiles que ma grand-mère conservait, j'aperçois un vieux coffre qui attire vite mon attention. J'invite Karyanne à y jeter un coup d'oeil, mais elle ne m'entend pas, trop occupée à pitonner sur son téléphone. Après plusieurs essais infructueux, je réussis à ouvrir le coffre. Ce que j'y découvre est saisissant.
Je me demande si je devrais partager ma découverte avec le reste de ma famille...
La suite avec les gagnants
Voici la chose : après avoir forcé cette épave poussiéreuse, j’y ai trouvé un objet autrement plus antique. Cela n’avait rien de séduisant en apparence; c’était une longue pièce de tissu sale, terne, qui certainement, aurait pu rivaliser avec le linceul en fait de fragilité… c’était pathétique. Or, lorsque je l’ai soulevé, il m’a paru fort, résistant, incontestablement majestueux. Le soleil qui pénétrait le toit mal isolé avait soudainement rencontré cette guenille rouge, verte et blanche; la réunion fut fabuleuse. La lumière irradiant cette étoffe si singulière lui insufflait un âge nouveau, une fierté souveraine, et comme je commençais à en comprendre le symbolisme et la grandeur, un profond respect me prenait. Alors, toutes les Ève Boisvert du monde n’auraient su m’arracher à ma contemplation. J’avais devant moi l’image de l’acharnement, l’irrévérence, l’ivresse, l’espoir, la fougue au poing, le vert irlandais, la racaille, le pourquoi, le comment, la liberté, la fierté, l’honneur, j’avais devant moi un drapeau des patriotes, un vrai. Le sang qui le souillait, les déchirures qui en faisaient l’histoire et le trou cerné qu’une balle avait fait et qui, maintenant, débordait de lumière témoignaient de son authenticité. Que ma grand-mère l’eût eu en sa possession sans n’en avoir jamais soufflé mot m’a d’abord étonné. Par la suite, je me suis pris à quelques fantaisies, m’enorgueillissant du fait que j’aurais pu avoir un ancêtre patriote. Aussi était-il heureux que cette découverte se fasse aujourd’hui, le 24. Tout cela venait d’un je ne sais quoi de divin et de fatidique que j’avais peine à saisir. Je jubilais, mais… - T’as l’air bête, tu sais, dit ma sœur tout en imitant mon expression béate. C’est quoi ça? Un drapeau de l’Italie? - Ouais c’est ça… L’ignorance de Karyanne m’a irrité, mais qu’importe, elle était déjà à ses affaires et j’avais regagné ma bulle. Alors que des toiles épiques tapissaient mon esprit, mes yeux étaient rivés sur le coin du drapeau; une mèche de cheveux couleur or serrée par un ruban y avait été épinglée. Cela rendit la chose personnelle et m’émut. Ma pensée se ramifia en quelques suppositions; ces fils d’or avaient-ils appartenu à une fille, une femme, un enfant rose, avaient-ils été le gage d’une aimante languissante? C’était magnifique, pur, chevaleresque. Mais encore… - Range ça, on continuera plus tard, lança ma sœur impatiente. Il faut aller souper. Maintenant, je soupire. Que vais-je faire de ce pan d’histoire? Pour sûr, il ne restera pas dans sa boîte. Mais devrais-je en parler? Me reprochera-t-on de l’avoir déplacé? Grand-mère me regarde et j’écoute ma petite voix intérieure : au diable les qu’en dira-t-on! Ce soir de Saint-Jean, je sors du cabanon le drapeau en cape et non sans caresser l’espoir qu’en mes veines il puisse couler du sang bleu, un bleu national, un bleu québécois.
Et puis oui! Je ne peux pas garder ça pour moi. Emballé par ma découverte, j’appelle à nouveau ma sœur :
- Karyanne!
Elle fait semblant de ne pas m’avoir entendu, obnubilée par son téléphone. Je répète :
- Karyanne! - QUOI?!
Cette fois, elle a bien entendu. Elle me fusille du regard, délaissant son cellulaire quelques secondes pour me hurler :
- Qu’est-ce que tu veux, fatigant?! - Euh…
J’allais lui parler de la boîte, mais en voyant son air de tueur en série, je me ravise. Elle mérite juste que je garde ma découverte pour moi!
- Je vais faire un tour dehors. Ça sent le renfermé, ici!
Karyanne hausse les épaules.
- T’as pas de permission à me demander. Je ne suis pas ta mère!
J’attends qu’elle retourne à son téléphone (ce qui ne prend qu’une seconde et quart), puis je prends le coffre et sors du cabanon avec mon chien. Je repère un coin dans l’herbe et m’y assoie. Billy Bob se couche à côté de moi. Je le caresse derrière les oreilles.
- Regarde ça, mon chien!
J’ouvre la boîte à nouveau. Elle est remplie de… souvenirs. Pleins de souvenirs de grand-maman! Il y a des photos de sa jeunesse, puis de son mariage, une photo d’elle avec ses enfants et… une photo de toute la famille, à la Fête nationale, il y a quelques années. Mais il y a quelque chose d’encore mieux : une photo de grand-papa. Et un texte écrit en sa mémoire. Je suis tellement surpris par ma découverte que j’ai le souffle coupé. Je repense à ce que grand-maman m’a conseillé l’autre jour. Et ma petite voix intérieure me dit que garder cette découverte pour moi est impensable.
Je prends donc le coffre, puis Billy Bob et moi allons dans la cour de la maison, où toute la famille est réunie. Personne ne semble faire attention à moi.
- Papa? Maman?
Ma mère lève les yeux vers moi. J’essaie de parler, mais les mots bloquent dans ma gorge.
- Je, euh… grand-maman…
Je suis incapable de poursuivre. J’éclate en sanglots. Mes parents se précipitent vers moi :
- Félix, qu’est-ce qui se passe?
J’essaie de tout leur expliquer à travers mes larmes. Mes oncles, mes tantes, mes cousins et ma sœur nous rejoignent à leur tour et ensemble, nous examinons ma découverte. Bientôt, toute la famille joint ses larmes aux miennes, mais ce ne sont pas vraiment des larmes de tristesse : au milieu des pleurs et des embrassades, je ne peux m’empêcher de me sentir heureux d’avoir trouvé cette boîte qui, en quelque sorte, rend ma grand-maman éternelle.
Tout à coup, mon cellulaire sonne. Je m’écarte du reste de la famille pour répondre.
- Allô, Félix. C’est Ève. - Ève?! - Oui. Je voulais… te donner mes sympathies, pour ta grand-mère. Je trouve ça cool que tu passes la Saint-Jean-Baptiste en famille. De toute façon, on a tout l’été pour se reprendre, non?
Je souris à travers mes larmes. Décidément, c’est une fête nationale dont je risque de me souvenir longtemps.
Serait-ce égoïste de ma part de garder pour moi un tel trésor?
« Tu pourras toujours leur montrer plus tard… », sussura ma voix intérieure.
Faisant fi de ma bonne conscience qui criait au scandale, je refermai le coffre, jetai un rapide coup d’œil à Karyanne et m’élançai vers la voiture de mon père. Je le cachai sous le siège du passager et manquai me prendre les pieds dans Billy Bob quand je revins vers le cabanon.
Ma sœur m’attendait de pied ferme, me poignardant de ses yeux.
« T’étais où? J’te préviens, c’est pas moi qui va faire tout le boulot, alors bouge-toi! »
Évitant consciemment de répondre à la question, je répliquai d’une voix faussement innocente :
- C’est pas moi qui vient de raccrocher mon cell quand on était sensés faire les boîtes…
Ceci coupa court au semblant de conversation, chacun achetant le silence de l’autre implicitement. Nous finîmes de ranger les coussins dans les boîtes. Bientôt, nous pûmes rejoindre le reste de notre famille. L’après-midi se termina entre deux crises de larmes provoquées par des souvenirs racontés entre deux reniflements. Je détestais l’atmosphère lourde omniprésente qui planait dans la maison vidée. J’étais certain que grand-maman aurait été aussi révulsée que moi. Elle qui prêchait avant tout la joie de vivre.
« Y’a pas à dire, on est servis! »
Une seule idée me préoccupait : retourner chez moi et regarder de plus près ma fameuse découverte. Seule la présence de Billy Bob, qui bavait sur mes genoux, m’empêcha d’exploser d’impatience. Après avoir échappé aux étreintes étouffantes et aux baisers mouillés, mon souhait se réalisa. Je me barricadai dans ma chambre et sautai sur mon ordinateur. C’est fébrile que je tapai « histoire du Québec » sur mon moteur de recherche. J’éliminai les pages publicitaires qui m’agressaient avant de trouver ce que je cherchais. Je mis le document récupéré à côté de l’écran pour comparer. La même calligraphie soignée, les mêmes signatures… les deux documents pourraient passer pour jumeaux. Sauf que certaines lettres de ma copie s’effaçaient à intervalle régulier, ce qui n’était pas le cas de celle entreposée au musée. Ma petite voix me souffla que je tenais entre mes mains la vraie copie. Je possédais l’engrenage de la Fête nationale connue aujourd’hui.
« Qu’est-ce que ma grand-mère fiche avec ça dans son cabanon? »
Je reviens vers le coffre abandonné sur mon lit, recherchant des indices. Écartant les macarons du Fleurdelisé, je pris la photo qui avait échappée à ma première inspection. Grand-mère, rajeunie, se tenait sur une estrade aux côtés d’un homme penché sur une feuille, un stylo plume à la main.
J’appris plus tard que la photo immortalisait la journée du 11 mai 1977 où René Lévesque avait signé un arrêt en conseil, officialisant ainsi la Saint-Jean comme la fête nationale et légale du Québec. Grand-mère nous avait toujours caché la militante en elle. Papa dit qu’elle préférait se faire voir comme une mamie gâteau que comme une femme de politique. Le document fut envoyé au musée qui confirmât son authenticité. Quant à moi, je ne regrette plus le programme qu’on m’a imposé. Je me félicite même de ne pas être allé chez Ève Boisvert. De toute façon, j’ai maintenant de quoi me rattraper. Une histoire qui ne manquera pas de l’impressionner…
Voici ce qui m’attendait en ouvrant le coffre : des cahiers lignés comportant chacun un nom, inscrit au bas, que je ne pouvais déchiffrer tellement mes yeux papillonnaient. Les cahiers formaient une pile plutôt désordonnée qui menaçait de s’écrouler, telle la tour de Pise. J’y remédiai donc en la redressant quelque peu. Je décidai d’ouvrir un des cahiers afin de satisfaire la curiosité qui me dévorait depuis l’instant où j’avais fait cette trouvaille. Je m’emparai donc du premier de la pile et l’ouvris avec des mains tremblantes et des doigts qui, sous l’impatience gigotaient comme des hameçons pris au piège. Je me mis à feuilleter les pages devenues jaunâtres avec l’âge, réunies par des agrafes rouillées par le temps et d’où émanait une odeur de décomposition. Je m’empressai de lire ces pages enjolivées d’une calligraphie des plus soignée, dont l’endos portait une cicatrice témoignant du passage déterminé de la mine. C’étaient des poèmes empreints d’un lyrisme digne des grands poètes. Un déclic brutal se fit dans mon esprit, un spasme me parcourut l’échine. Ma grand-mère, c’était elle qui les avait écrits : d’un coup d’œil, je constatai que tous les cahiers étaient identifiés à son nom, un pour chaque année; j’avais ouvert celui de l’année 1933 en date du 24 juin. Elle qui m’avait toujours parlé de son Québec comme d’un paradis sur terre et moi qui, avec l’insolence de la jeunesse, haussait les épaules d’indifférence. Je l’entends encore : « Viens mon chéri, je veux te montrer quelque chose que personne n’a encore jamais vu, ça t’intéresse? » Et moi qui avais bêtement répondu : « Tu sais grand-maman, j’ai beaucoup de devoirs. » J’avais honte, les larmes que je tentais de retenir tant bien que mal se mirent à couler le long de mes joues. Avec le souci de manipuler le cahier le plus délicatement possible et surtout d’éviter que mes larmes honteuses ne l’abîment, je refermai le coffre. Cette lecture m’avait transporté à un tel point que plus rien ne pouvait être plus beau, plus signifiant. Je m’empressai d’emporter en moi ce témoignage d’une si grande beauté, preuve d’un amour inconditionnel pour notre patrie, le Québec. Je réalisai que chaque famille a ses traditions, celles-ci dressent un portrait de la culture présente et passée d’un Québec qui a laissé à jamais une marque indélébile en notre cœur. En y réfléchissant bien, je crus que c’était de mon devoir de partager ce joyau avec ma famille, pensant que c’est ce qu’aurait voulu ma grand-mère, car le 24 juin n’est pas qu’une date parmi d’autres, c’est le rassemblement des Québécois des quatre coins de la province autour de la même flamme identitaire.
On verra… Je dépose l’outil qui m’a servi à crocheter la serrure – à savoir un tournevis qui n’avait pas encore été rangé dans une des boîtes prévues à cet effet – et je fixe le contenu de la caisse comme si c’était Ève Boisvert. Bien que ce qui se trouvait à l’intérieur n’avait rien d’une personne, bien vivante ou en décomposition – rien qu’en y pensant, le cœur me remonte. Bref, je ferais mieux de changer de sujet.
Je regarde Karyanne. Je pense avoir la paix encore un peu de temps. Cette erreur de la nature qui me sert de sœur parle d’une voix stridente dans son portable avec ses copines. Quant à Billy Bob, il roupille dans un coin sans prêter attention à ce qui se passe autour. Même un marteau piqueur n’arriverait pas à le réveiller (disons qu’il est presque aussi pire que mon père)…
Je détourne le regard et j’ancre une fois de plus mes deux yeux sur le coffre qui était jusqu’à aujourd’hui inconnu. J’ai un beau langage quand je veux (c’est-à-dire rarement…)! Enfin, peu importe.
C’est fou le nombre de photos qu’il y a là-dedans! Une cinquantaine, je dirais. Elles représentent toutes ma grand-mère et un homme que je n’ai jamais vu de mon existence – mais vu la ressemblance, je pourrais être son clone. Donc, j’en déduis que c’est mon grand-père. Leur visage était complètement bleu et blanc. En fait, on aurait dit qu’ils avaient tous les deux le drapeau du Québec estampé dessus!
Au milieu de cet océan de clichés (et voilà, c’en est fini de moi. Je deviens poète! Alors là tu rêves!), il y avait un objet emballé dans un fin tissu aux mêmes couleurs que le maquillage de mes grands-parents (encore ce fichu drapeau?). D’une infinie délicatesse (enfin quoi, je ne voulais juste pas abîmer l’objet emballé… tss… Vous avez déjà rencontré un gars qui était DÉLICAT??), je prends le paquet entre mes mains et je le pose sur le sol.
- Félix! J’entends près de moi, comme si la personne qui l’avait dit n’était qu’à quelques centimètres de mes oreilles.
- Qu’est-ce que tu veux, Karyanne Blais?
- Félix! Dit-elle agacée.
- Coudonc, ton lecteur CD a gelé, Karyanne?
- Très drôle, le grand. T’as pris ça sur le dos d’une boîte de céréales, peut-être?
O.K. Là, elle me l’a bouclée (je parle évidemment de ma bouche). Mais sérieusement, comment elle fait pour TOUJOURS trouver une réplique à TOUT? Ne dites pas que c’est parce qu’elle est une fille parce que dans ce cas, je pique une crise de NERFS!
- Qu’est-ce que tu as entre les mains?
- Je ne le sais pas, figure-toi donc. J’allais le découvrir quand…
- Le reste je m’en fous.
C’est horripilant (où j’ai trouvé ça, moi?) cette façon de m’interrompre comme si elle était le nombril du monde! Enfin, passons. Sans l’écouter davantage, je dirige mon entière attention vers ma trouvaille, et délicatement, je tire sur les rebords du tissu poussiéreux. Sauf qu’en voyant ledit objet mystérieux, j’étais plutôt déçu. Qui ne l’aurait pas été? C’était un JOURNAL INTIME!
- Qu’est-ce que ça dit?
- Cours toujours mon lapin, qui trouve, garde!
Je viens vraiment de l’appeler mon lapin? Au moins, j’ai une petite distraction. Si je veux avoir la clé du mystère, va falloir lire ce bouquin!
24 juin 1961 J’ai rencontré l’amour de ma vie, aujourd’hui. Il se nomme Henri. En fait, on s’est heurtés à la Saint-Jean-Baptiste et on ne s’est plus quittés. Et tu sais quoi? Il se trouve qu’il est ami de longue date avec Jacynthe. Jolie coïncidence, pas vrai?
D’accord, je suis déjà gavé (soupir de désespoir). Alors comme ça, mes grands-parents se sont rencontrés à la Fête nationale du Québec? Comme c’est intéressant…
C’est un coffre à musique. Il y a une douce mélodie qui résonne dans mes oreilles. Je crois que mamie la fredonnait souvent… Également, dans le coffre, j’y vois une enveloppe. Je l’ouvre donc :
Au sous-sol, Tu trouveras quelque chose qui me tient à cœur Regarde bien, il y a une tuile différente des autres sur le plancher Il est caché en-dessous Et si tu le trouves, À toi il appartiendra.
Mamie Monique
Ça m’intrigue. J’appelle alors Karyanne (qui a enfin terminé de papoter au téléphone) pour qu’elle vienne voir. Elle vient ici.
- Quoi?
Je lui explique alors ce qui se passe. Nous nous regardons d’un air malicieux. En rigolant, nous courons vers le sous-sol. C’est la première fois que nous nous entendons aussi bien. Peut-être est-ce le fait d’être tous réunis en famille qui me donne cette sensation.
Rendue au sous-sol, après une longue recherche, Karyanne m’appelle pour que je vienne voir. Elle a trouvé la tuile. Nous regardons en-dessous.
Wow! Vous ne devinerez jamais ce que je vois : une collection gigantesque de musique québécoise. J’avais déjà entendu parler que mamie aimait beaucoup le Québec, mais jamais de ça. Elle a raison, moi aussi j’aime vraiment l’endroit où je vis et je vais conserver sa collection précieusement.
Je pense que, finalement, je suis content de passer la Fête nationale du Québec en compagnie de ma famille. Ève Boisvert peut bien attendre.
Merci Monique.
Ah, et puis non! J’ai bien le droit de garder ma découverte pour moi tout seul! J’ouvre le coffre à nouveau. Que c’est beau! C’est un petit drapeau du Québec. Le papier est tout jauni et c’est avec peine et misère que je réussis à déchiffrer un petit message à l’endos du drapeau : « 1948, premier drapeau du Québec »… J’en reste bouche bée, je n’arrive pas à y croire : le premier drapeau du Québec se trouve entre mes mains! Wow!
Soudain, Karyanne se met à courir en ma direction. Je referme vite le coffre, en prenant soin d’y remettre ma précieuse découverte.
- Félix, il faut que tu viennes, vite! Me crie Karyanne.
Inquiet, je commence à la suivre. Ma sœur m’emmène près du jardin. Là, elle commence à pleurer.
- Ouains!!! Mon téléphone est… b-b… bri… sé-éééé!
Et elle se met à pleurer de plus belle.
- Quoi! C’est juste ça, tu viens me déranger pour une niaiserie! - C’est pas une niaiserie! Réplique ma sœur, offusquée. - Quand même! Tu m’as fait peur! Je pensais que c’était grave, comme un feu, une inondation… ou pire! La Fête nationale du Québec qui serait annulée! Ça, ça serait une bonne raison!!!
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